mercredi 17 avril 2013

Le râleur



Revenons à mon mec. MON mec. Mon Crapaud.
Parce que j’ai un mec j’ai un mec j’ai un mec x1000.

Nouvellement maquée, je continue à devoir être toujours parfaite quand je le vois, ce qui commence à me gonfler.
MAIIIIISSSSS j’ai enfin un mec, donc je fais un effort.
Je soigne mes ongles, mes cheveux, mon maquillage, ma tenue vestimentaire, mon appétit d’ours (j’ai une dalle internationale) et mon haleine de dragon du matin.
Pour l’instant, tout roule. Il ne s’aperçoit de rien. Dans mes rêves, je suis sûre que le Crapaud se pavane devant ses potes en roulant des mécaniques et fredonnant: « Ma meuf à moi, elle est toujours sexy et bonne. Elle n’a jamais de cernes, ni de gueule de bois, n’a pas de peau d’orange et ne fais pas caca comme vos meufs, les gars ! ».

Bon, pour la peau d’orange et la gueule de bois, il va falloir que je bosse ma stratégie de camouflage car Crapaud risque à tout moment de découvrir le pot-aux-roses. Et pour le reste, je risque l’occlusion pour ne pas qu’il découvre le pot-pot-aux-roses.

Avoir un mec, donc, c’est la merde.
Mais quand on se fait des soirées champagne-DVD-sexe, j’oublie toutes ces petites contrariétés.

Pourtant, le fait que, de son côté, il ne prenne pas ce genre de pincettes avec moi, me tape sur le système. Ainsi, le Crapaud a l’air de se foutre totalement de me dévoiler ses défauts, alors que nous ne sommes qu’au stade embryonnaire du couple. A ce stade, nous devrions en principe tous les deux risquer l’occlusion en souriant, nous regarder béatement dans le blanc des yeux et avoir envie d’être sous la couette en permanence.

Ce matin, Crapaud a oublié cette règle de bienséance, me faisant découvrir qu’en réalité, il n’est pas (DU TOUT) du matin. A l’inverse, je suis Madame-Sourire-Dès-Le-Matin (avec tout ce qu’il y a d’exaspérant chez Madame-Sourire-du-matin quand on n’est pas du matin).
Crapaud râle : « Je suis explosé, EX-PLO-SE ! Je m’étais pourtant dit qu'il fallait que je dorme hier. Je savais qu’il ne fallait pas que je sorte »
Sympa pour moi qui suis sa « sortie » de la veille….

Mais, je garde le sourire, inébranlable.
Il continue à râler parce qu'il est très fatigué, qu’il aurait dû dormir, que la journée va être horrible et bla-bla-bla…
Je suis pourtant épuisée en ce moment car je fais des nocturnes au boulot, pour bosser avec mes confrères d’Amérique Latine qui commencent à bosser des heures après moi.
Toujours sourire, je tente de lui dire en rigolant: « Tu penses à moi et mes 6h de décalage horaire au boulot ? En termes de fatigue, je pense que je gagne ».
J’ai osé dire ça. Quel affront !
Réponse immédiate de l’affronté : « Oh arrête un peu ! N'importe quoi. Moi quand je rentre de New York City, je mets un jour et demi à me remettre et il y a aussi 6 heures de décalage. Alors ne me dis pas qu’en bossant d’ici en horaires décalés, tu es crevée ? L’Amérique Latine… L’Amérique Latine, c’est nul, en plus. Y’a quoi là-bas franchement ? Depuis la mort d’Allende et du Che, c’est un continent ringard. Aucun intérêt. L’Asie c’est bien plus tripant. Tu devrais en parler à ta Cruella ».

Comprenez dans ce pamphlet racisto-pas-sympa : « Nan ce n’est pas toi la plus fatiguée ici, c'est MOI. C’est moi le plus fatigué de l'univers, pas toi !! C’est moi ! C’est pas toi ! C’EST MOI !!!»

Sonnée par cet uppercut qu’il vient de m’envoyer en plein visage, je l’écoute poursuivre sa complainte, en souriant : « En plus, on n'est que mercredi. Il reste encore trop jours, je ne sais pas comment je vais tenir. Je suis crevé ! Crevé ! Crevé ! »

Madame-sourire tente de positiver (errrrrreuuuuurrrrr !) : « Oui, mais le mercredi midi, on rentre dans la fin de la semaine. C’est une bonne nouvelle, ça ! »

Indigné par mon intervention, il me remet un uppercut « Nan mais MOI, avec le boulot que j’ai et étant donné les enjeux que je dois gérer, je les sens passer les 2 jours et demi qui restent, MOI. Toi, ton boulot, je peux le comprendre mais le mien, tu ne pourrais pas. J’ai des responsabilités, MOI.»

KO, je pars bosser en m’imaginant mes ancêtres du Pérou se retourner dans leur tombe ringarde et en me disant que c’est pourtant une bonne nouvelle qu’on soit mercredi.

samedi 13 avril 2013

Et toi, tu joues à quoi Cathy ?



Tandis qu’il presse un demi citron sur son poisson-en-papillote accompagné de petits-légumes-vapeur-sans-goût, il entame la conversation :
« J’ai envie d’améliorer les performances de mon PC. Oh, je ne l’utilise pas pour le boulot, bien sûr. J’ai une bonne bécane, ici. Je m’en sers surtout pour jouer et j'aimerais bien le booster. Mais je ne veux pas que ça me coûte le prix d’un PC neuf. Et puis ça m’amuse de bricoler mon matos informatique ».
Je mélange mes pâtes bolo en me disant que ce déjeuner va être très très long.
« Une fois que ce sera fait, je pourrais jouer mes jeux à fond. Tu joues à quoi toi Cathy ? »
« Heu… au solitaire. Sur mon iPhone. De temps en temps… »
« Ahahahaha, tu es drôle » rit-il.
J’en serais presque vexée mais non non non, il ne faut pas. Geekland, c’est pas pour moi. Le solitaire, c’est parfait.
« Je ne joue pas non plus à des jeux grandioses, rassure toi, poursuit-il. Starcraft, diablo trois… »
Me voilà donc rassurée.
« Et pour l’instant je ne peux pas en profiter à plus de 5 fps ».
NON MAIS PENDEZ-MOI !!! Que peut bien vouloir dire cette dernière phrase ?
Il me regarde en souriant, cherchant à établir une grande complicité entre nous.
Il échoue.

« Je sais déjà que je dois changer la CG (Note de moi : Hein ?), je pensais à une GeForce GTX 650 Ti ou une GTX 660, qui combine prix et perf selon moi… Je dois y réfléchir » me dit-il, pensif, en ouvrant son yaourt allégé.
Ma crème brûlée, elle, me hurle d’aller la manger sur une autre table de la cantoche, avec un collègue un peu plus marrant.
« Ou encore une HD7870, c’est Didier du deuxième qui m’en a parlé. Tu sais Didier ? C’est mon copain de rando. Je t’ai déjà parlé de lui, souviens-toi Cathy. Je t’ai raconté notre dernière rando ? On a testé nos premières peaux en laine Merinos ensemble, c’était bien ».

A ce moment là, j’ai l’impression de voir ma crème brûlée se dresser sur ses deux pattes imaginaires, brandir la cuillère vers moi, sourcils froncés (sur ses yeux imaginaires) et me hurler :
« CATHY !!! C’est la dernière fois, tu m’entends, la DERNIERE fois que tu acceptes un déjeuner à la cantoche avec Jean-Michel-de-la-compta, tu m’entends ????? LA DERNIERE !!! Tu dis tout le temps que tu ne déjeuneras plus avec lui mais comme tu n’as aucune volonté (comme par exemple, celle d’arrêter de me manger), tu finis toujours à table avec lui à discuter de sujets plus chiants que la chianterie. NON ! Tu ne veux pas savoir ce que c’est qu’une première peau de laine Merinos ! Alors NON, tu ne lui demandes pas ! OUI ! Tu t’en fous ! Alors avale-moi vite fait, et retourne faire semblant de bosser ! »

J’ai obéi. C’est pas tous les jours que ma crème brulée s’adresse à moi aussi méchamment.

mercredi 10 avril 2013

J’ai un mec x1000



J’ai un mec j’ai un mec j’ai un mec j’ai un mec x10000 !!
Je me le répète toutes les 30 secondes.
Je le crie sur tous les toits.
Ce matin, à la boulangerie, lorsque la boulangère m’a demandé :
« Bonjour Cathy, j’vous mets un pain au chocolat comme tous les jours ou vous voulez changer aujourd’hui ? »
(Oui, ben quoi ? Ne me jugez pas ! Je travaille à Chiantland, il faut bien que la journée commence par une douceur. C’est pour mon moral, le pain au chocolat quotidien).
Je lui ai répondu « Oui, oui Madame Moreau. Un pain au chocolat comme tous les jours, merci. Mon copain n’aime pas ça, je ne le comprends pas. Ahahahaha ».
Et j’ai ri bêtement. C’est sorti tout seul. Je parle de lui à tout le monde. Même aux gens qui ne me demandent pas.
Cruella, en allant en réunion, m’a demandé par politesse si j’avais passé une bonne soirée (alors qu’en vrai, elle s’en tape totalement).
« Oh oui, très bien. Nous sommes allés voir un film d’auteur avec mon copain. Il adore le cinéma tchéco-slovaco-yougo… enfin, un truc comme ça ».
Bam ! J’ai replacé le fait que j’avais un mec dans la conversation. En riant bêtement. Dès que je peux, j’en parle. C’est catastrophique. Je ne suis même pas sûre de le faire exprès.
C’est juste que j’ai un mec j’ai un mec j’ai un mec j’ai un mec x1000.

(Accessoirement, il faudra que je l’incite à changer de goûts cinématographiques parce que franchement, me suis sacrément emmerdé au ciné, hier soir).

Crapaud et moi ne nous sommes pas séparés depuis vendredi soir. Nous avons passé le weekend ensemble et toutes nos soirées depuis le début de la semaine.
J’ai un mec punaise ! Un mec qui répond à mes textos en terminant les siens par « bisous ». Un mec qui me dit que je suis belle. Un mec qui me dit bonjour le matin, bonne nuit le soir et qui m’appelle le midi pour savoir comment s’est passé ma demi-journée !

J’AI UN MEC !!!!! MERCI LA VIE X1000 !!!!
Je vole tel un petit mammouth ailé, de nuages en nuages, ne cachant pas ma joie D’AVOIR UN MEEEEEEC !!!!

Par contre, j’ai déjà commencé avec les mauvais réflexes de petit mammouth ailé :
-     Je lis et relis ses textos pour les apprendre par cœur même si « J’arrive. Bisous » n’a pas beaucoup d’intérêt.
-  J’essaie de trouver des prénoms à nos futurs enfants en m’assurant qu’ils se prononcent facilement en espagnol (pour ma Mama).
-    J’ai téléchargé I will always love you de Whitney Houston dans mon iPod, que j’écoute en mode repeat. Tout le temps. (jurez-moi de ne le dire à personne !).
-    Je m’entraine à signer avec son nom de famille (pour quand on sera mariés).

Et surtout, je dois tout le temps faire gaffe :
-  à être bien coiffée. Pas évident avec la grosse touffe frisée et sèche que j’ai sur la tête.
-  à ce que mon vernis ne soit pas écaillé. No comment.
-  à ce qu’il me voit maquillée et pense que je suis rayonnante au réveil. Il faut beaucoup ruser pour le réveil « rayonnant ». C’est très chiant le réveil.
- à ne pas manger comme Obélix. Je n’ai d’ailleurs toujours pas mangé mon kebab depuis vendredi. Je crève la dalle et risque à tout moment la crise de spasmo. Si on vit heureux et avons beaucoup d’enfants, je vais finir famélique. Moi ! Mammoutha ! Famélique !

J’ai un mec.
C’est la merde c’est la merde c’est la merde x1000.