mercredi 13 février 2013

Essuyez-moi la bouche!


Cruella m’avait prévenue, dès ma reprise de boulot la semaine dernière, que nous partions en mission à Londres cette semaine. Je me suis contenté de lui répondre par l’affirmatif, suivi d’un long et las soupir, avant d’aller pleurnicher dans les chiottes en rageant que Dieu ne m’aime probablement pas pour m’infliger un tel destin.
Mais depuis le début de la mission, ce lundi, je suis bien obligée de constater que c’est tout le contraire. Je saute sur une patte de joie.
D’abord, Cruella est punie. Pourtant grande prêtresse de la Cruauté, spécialiste es torture de petits auditeurs (comprenez mes camarades et moi), elle est à présent enfermée dans le bureau du directeur financier de notre client qui passe son temps à lui beugler dessus.
Je ris, je ris, je suis joie. Bien fait pour sa gueule de Cruella !!!
Trop occupée à se faire engueuler, elle me confie pour seule mission la validation des chiffres soporifiques avec l’adjoint du directeur financier. Mais quel adjoint !!!!
Français (parfait pour moi et mon anglais de vache péruvienne), très beau gosse, sympa et plein d’humour… Mon cœur fait boom.
Inutile de préciser que pour une fois, la finance me passionne. Je prends des notes en faisant des cœurs sur les « i » et trouve que chaque chiffre qu’il prononce est d’une douceur à tomber par terre.
J’essaie de prendre des grands airs de fille indifférente car habituée à une guerre mondiale des hommes pour elle, mais en réalité je bave. Oui. Je bave. Littéralement.

Lorsqu’à l’heure du déjeuner, il m’a expliqué adorer la salsa (eu égard à mes origines latines) et m’a proposé de ne pas rentrer à Paris vendredi soir, pour passer le weekend à Londres et l’accompagner à un concert, j’ai dû ramasser le bout de sandwich tombé de ma bouche (sur ses chaussures).
Tous aux abris ! Londres crie mon nom ! Ce weekend je choppe !
Il était temps.

dimanche 10 février 2013

Cathy Dolto


Non ! Non ! Et nooooon !!!!!
Je me HAIS !
Pour oublier l’horreur du retour au stalag après ma semaine de vacances, j’ai accepté de garder Chucky aujourd’hui. Chucky = mon neveu de trois mois.
Je me suis dit que garder le bout de chou m’apporterait du positif et me rappellerait la raison pour laquelle je ne suis pas restée vivre sous les cocotiers à Cuba : ma famille.
C’est vrai quoi, il est carrément trognon mon neveu avec ses yeux globuleux et ses sourires pour rien du tout, gouzougouzou. Qu’est-ce que j’aurais fait si loin de lui ?
Mais en fait non. Pas du tout. Chucky n’est pas un bout’chou trognon du tout. Du tout.
C’est un bébé tigre sanguinaire qui huuuurle à la mort quand il veut son biberon et se transforme ensuite en machine à popo. Un vrai bonheur.
Ma grande sœur m’a bien arnaquée ! Elle m’a expliqué avoir besoin d’une journée « pour elle », au spa, avec ses copines, pour se sentir femme « déjà que je suis trop grosse, que je ne fais pas une nuit complète depuis des siècles, que je n’ai plus de vie sociale, que je passe ma vie dans les couches, et blablabla » (pas faux, ceci dit, le coup des couches).
En tant que petite sœur super-sympa et hyper-compréhensive que je suis, je lui ai immédiatement dit qu’elle ne s’en fasse pas.
« Je gère Chucky. Toi, vas te détendre ».

Un dimanche.
Dès 9 heures du matin.

Quelqu’un peut-il me rappeler ce qui m’a pris d’accepter pareille mission ?
Le dimanche, à 9 heures du matin, je cuve généralement les litres de vins que j’ai bu le samedi soir. Et hier soir, ça n’a pas loupé. J’ai bu des tonneaux pour oublier l’horreur du retour des vacances.
Aujourd’hui, je suis une serpillère de discothèque. Même odeur. Même couleur.
Victime d’une méchante gueuldeub, suis bouffie au teint rougeâtre-alcoolique, en charge d’un nourrisson sanguinaire qui vomit quand il est content.
J’ai, par ailleurs, une famille de pics-verts sur l’épaule qui m’empêchent de réfléchir.
PEN-DEZ-MOI !!!!!
Je rêve d’être dans mon lit avec deux kebabs, trois litres de coca et un Walt Disney.
Au lieu de ça, je me retrouve à faire des prises de catch avec Chucky pour ne pas qu’il suce son pouce parce que, dixit sa mère, « ça déforme le palais et ça fait circuler les microbes ». J’ai beau lui expliquer, Chucky ne comprend rien et finit par me mordre la main. Dieu merci, il n’a pas encore de dent.
Qui a osé dire que les bébés étaient fragiles ? Chucky boxe comme un homme et me met au tapis dès que je veux le moucher. Sourcils froncés.
J’ai passé le déjeuner en vêtue d’un ciré jaune et d’un parapluie car bébé-tigre-affamé a commencé la nourriture solide, comprenez purée de carotte-bio (eurk !), qu’il recrache tel un petit dragon (comment lui en vouloir, c’est dégueulasse la purée de carotte).
Vais conseiller à ma sœur de le nourrir avec des Big Mac. Je suis sûre que bébé-glouton ne les recrachera pas et quand bien même, c’est beaucoup plus facile à nettoyer sur les murs de la cuisine.
Françoise Dolto et ses acolytes n’ont probablement jamais approché un vrai bébé…

jeudi 7 février 2013

Correspondance


A qui recevoir du courrier ne fait pas plaisir?

A moi...

Déjà que ma vie est complètement pourrie puisque j'ai dû quitter Cuba, où il fait 30 degrés (contre -147 degrés ici) et que j'ai dû revenir bosser (comprenez être esclave) à Chiantland. La Défense. Ses tours grises. Mon 35e étage. Cruella-ma-boss. 

Depuis que je suis rentrée de vacances, dimanche dernier, je me lève le matin avec une inquiétante envie de me pendre avec ma couette. 
Et lorsque, le matin, j'arrive au boulot (comprenez stalag), mes yeux s'humidifient et ma lèvre inférieure commence à trembloter. Je regarde alors le ciel avec mes yeux de chatte-bottée et lui demande pourquoi? Pourquoi ne suis-je pas fille d'un Emir ou autre Duc méga-riche qui vivrait de ses rentes et n'aurait pas à bosser? Hein? Pourquoi? Pourquoi ne pas me faire gagner un petit loto qui me libèrerait de cette abominable contrainte alimentaire qu'est le travail? Pourquoi ne pas guider mes pas vers un bureau de tabac pour me faire remplir une petite grille? POURQUOI??? 
J'ai dû être très très vilaine dans ma vie antérieure...

Ma seule consolation de la semaine a été de croiser ma concierge et sa moustache, mardi matin. J'ai passé ma journée à regarder le ciel en le remerciant de ne pas m’avoir affublée d’une moustache. J’ai également réfléchi (au lieu de bosser) au fait que ma concierge a dû faire quelque chose de très très moche dans sa vie antérieure... Genre boire toute la potion magique, balancer Zorro au sergent Garcia, coucher avec le mec de Cendrillon ou piiiiiiiiiire!! Tuer la maman de Bambi ! (car, nous sommes d'accord, tous ces personnages ont bien existé).

Ainsi, en rentrant chez moi hier soir, j'ai senti une vague de joie m'envahir quand j'ai vu que j'avais du courrier. Je me suis dit qu'enfin quelqu'un pensait à moi, que je n'étais pas insignifiante pour toute la planète, que j'avais un rôle à jouer, qu'une interaction sociale autre qu'avec Cruella m'attendait...

Trois courriers m'attendaient:

- Un petit colis.
C'est une surprise de Mama qui m'a envoyé un fond de teint "effet bronzage" pour avoir l'air de rentrer de vacances (et me consoler de mon non-bronzage à Cuba). Je l'aime, ma Mama. C'est la meilleure Mama de la planète. Je l'aime (x1000).

- Un courrier de ma banquière m'indiquant que nous pourrions discuter d'un prêt personnel qui me permettrait de me remettre à flot sans avoir recours au découvert et me rappelant le montant total d'agios que je lui dois depuis six derniers mois. Sacré bon sang! Ma banquière est vraiment trop boulot-boulot. Il faut absolument qu'elle se décoince!!! En guise de réponse, vais lui envoyer une carte postale d'une plage à Cuba, avec un soleil couchant. Je lui écris également un petit mot "Merci pour cette proposition mais Papa dit que c'est une arnaque. Par ailleurs, il faudrait recompter le montant annoncé. Non pas que je rechigne à payer mais il me parait un peu élevé. Merci d'avance. Cathy B."

- Un courrier de Muffle, mon ex. Je me demande bien pourquoi il m'écrit. 
L'enveloppe contient une photocopie de sa taxe d'habitation et un post-it "Salut Cathy, comme tu as passé beaucoup de temps chez moi l'an dernier, j'estime que nous devrions partager cette taxe. Tu me dois donc 458€. Mon RIB au verso. Muffle ". 
NON MAIS QUEL ABRUTI!!!! J'avais oublié qu'en plus d'arrogant, égoïste et imbuvable, il était pingre. Je le hais (x1000). Ma réponse est très simple: un renvoi de son torchon avec un gros phallus au marqueur rouge et un "FUCK YOU", même marqueur, même couleur, sur un autre post it.

J'ai fait tout ça en expliquant, ulcérée, la situation à mon chat, Gato, qui s'est contenté de bailler pour toute réponse.
S'il avait été plus attentif, je n'aurais pas interverti les réponses à mes deux derniers courriers.
Depuis ce matin, je regarde le ciel en priant pour que ma banquière ait de l'humour...



mardi 5 février 2013

Retour à Paris - Pendez-moi!

- Double pinte de Lexo pour ne pas fondre en larmes dans l'avion du retour des vacances: check
- Atterrissage de l'avion à Roissy : check (comprenez, je suis bien vivante car l'avion ne s'est pas écrasé)
- Crise de larmes en constatant qu'il fait 6 degrés à Paris et que 24h plus tôt, je sirotais un (des) mojitos sous 30 degrés : check
- Retrouvailles avec mon chat, Gato, qui est visiblement en dépression depuis mon départ: check (il a mangé le savon, une de mes culottes et passe son temps à courir nerveusement après sa queue. Mon chat est givré).
- Dimanche soir de total déprime à l'idée de retourner au stalag: check

- Nombre de "Salut Cathy, pas trop déprimée d'être de retour au boulot?" demandés par mes collègues: 13
- Nombre de "T'es sûre que t'es allée à Cuba Cathy? Parce que t'as pas du tout bronzée!": 22
- Nombre de "Vos gueules!" que je leur ai répondu dans ma tête: 22 aussi
- Nombre de "Merde" prononcés par moi-même en croisant Cruella, ma boss, dans les couloirs, me faisant réaliser au passage qu'elle existe bien dans la réalité et non uniquement dans mes pires cauchemars: 5
- Nombre de "Vous n'auriez pas grossi pendant vos vacances, Brochet?" demandé par Cruella: 1 (la salope!)
- Nombre de larmes versées lorsqu'elle m'a annoncé qu'on repartait à Londres pour une mission d'une semaine dès lundi prochain: 234 (mille)



J'ai pourtant passé toute la semaine des vacances à répéter (souvent très ivre, en oubliant donc la moitié des consonnes) que, même si les moustiques cubains ne m'aiment pas (ni les touristes australiens, d'ailleurs), je resterai vivre à Cuba car il fait beau, chaud, que la musique est bonne et qu'il pleut des mojitos.

Mais après être rentrée à Paris et avoir passé une journée à l'horrible La Défense, je suis forcée de constater que je ne suis qu'un mouton qui n'a pas de personnalité et qui n'a aucune parole!
Si la fée du courage était passée sur mon berceau et que ma Mama était moins autoritaire et ne m'avait pas crié dessus pour que je rentre car ne peut pas vivre d'amour et d'eau fraiche (de l'eau? c'est quoi?), je l'aurais fait! Si! Si!

jeudi 31 janvier 2013

Cathy Ingalls

Etant une fille très créative et pleine d'inventivité, j'ai réussi à dissimuler les abominables marques que l'abominable moustique (enculé!) a laissé sur mon merveilleux corps (de rêve).
Pantalon en lin, un peu large, mais sexy (enfin, je crois...).
Chemisier léger à manches longues. 
Maquillage pour les piqûres du visage (on n'a pas vu mes yeux pendant 24h! 'culé de moustique!!).

Je suis ainsi à peu près présentable même si dans l'impossibilité de :

- mettre mes jupettes et autres petits-t-shirts-moulants-attrape-garçons, sous peine d'exposer ma peau tachetée d'innombrables piqûres de moustique à l'air libre. L'allergie qu'elles me provoquent leur donne une couleur magenta virant violet. Inadmissible au pays du glamour. Mourir, je veux.

- m'exposer au soleil, au risque d'aggraver mon cas. Je passe mes journées sous le parasol. Je vais donc rentrer en France aussi blanche que mon cul.

- emballer un garçon. 
Déjà parce qu'il faudrait que je ne sois pas vêtue du combo pantalon-chemisier-manches-longues sur la plage. Avec mes deux tresses, j'ai carrément l'air d'une Amish. Ou de Laura Ingalls qui aurait pris un bus. 
Ensuite, pour emballer un garçon, il faut être dans l'état d'esprit de la chasseresse. Telle Diana, la déesse. Etant dans l'impossibilité impossible de me dénuder puisque convalescente d'une attaque de moustique à dards armés, je ne suis pas vraiment dans l'état-d'esprit-de-Diane-la-déesse-de-la-chasse.

Mes copines ont donc évidemment sauté sur l'occasion pour me trouver une nouvelle utilité: je suis garde-moche.
En effet, tandis que l'infirmière de l'hôtel me faisait une piqûre d'antihistaminique pour que je ne devienne pas elephant man, réduisant, au passage, mon sex-appeal à l'état de néant, mes copines ont abordé trois touristes australiens.
Des surfers, blonds, bronzés, musclés... Trois mots d'anglais... I love you... I want to fuck you.
Enfin.
Deux surfers, blonds, bronzés, etc...
Un pour chacune d'entre elles.
Moi j'ai eu droit au troisième australien.
Le non-surfeur.
Le mangeur de burger.
Petit. Gros. Pas beau. Pas beaucoup de conversation (en même temps, vu mon niveau d'anglais...). Le moche, donc.

Les deux beaux surfers ont l'air ravis que je me charge la mission tenir-compagnie-au-moche. Lui trouver de la compagnie féminine a, en effet, l'air compliqué.
Mes copines me sont infiniment reconnaissantes car leurs nouveaux petits copains peuvent ainsi se dévouer à elle, corps et âme (et surtout corps).



Le petit gros, lui, n'a pas l'air content. Cathy Ingalls n'a pas l'air à son goût (contrairement au burger qu'il s'empiffre). 
Il essaie de retenir ses potes en faisant semblant de se couper les veines.
Non mais c'est la meilleure celle-là!!!!
Déjà que j'en suis réduite à être garde-moche, MOI!! Cathy Brochet!!!! 
Il faut qu'en plus Môssieur-le-moche fasse le difficile.

En grande princesse, je me lève avec la ferme intention de monter dans ma chambre pour passer la soirée à faire un génocide de moustiques.
Je me retourne en plantant mes yeux (gonflés) dans ceux du petit gros et en lui faisant mon plus beau doigt d'honneur.
"De toute façon, I pas love you, I want pas to fuck you! Little gros!!!"

mardi 29 janvier 2013

Le gros dard

Trois jours qu'on cuit sous  le soleil de Cuba.
Mer turquoise.
Musique endiablée. 
Mojitos (x1000). 

La marque de nos maillots de bain commence à se voir (comprenez, on a le cul blanc...). 
Nous occupons nos journées à mater les serveurs du bar (open, le bar...) derrière nos lunettes de soleil. 
Ils sont A CROQUER!!!
Notre aliment de base est le rhum.
Et de tout ce qui est gras sur les buffets à volonté servis toute la journée (burgers-frites-pizza-mayo-gateau-choco)
Nous sommes au paradis (je me demande comment Mama va réagir quand je lui dirai que je ne veux plus rentrer...).

Nous sommes trois copines mais, semble-t-il, je sors du lot (en même temps, rien d'étonnant, je suis une fille exceptionnelle).

Je me suis faite chassée. 
J'étais sa proie.
Moi.
Pas les autres.
Il ne m'a pas lâchée. 
Moi.
J'ai essayé de lutter.
De m'en débarrasser.
Mais, tard dans la nuit, je me suis rendue.
Moi.
Offerte.
Ce fût une nuit épuisante.
Il ne m'a pas laissée dormir.
Il me voulait.
Il a laissé sur ma peau les marques de sa brûlante succion.
Et de son gros dard.

...

ENCULE de moustique.

Mes vacances sont foutues.
Etant allergique aux piqûres de moustiques, je ressemble à présent à un dalmatien aux yeux bridés (et un peu enrobé).
En plus, je me gratte tout le temps.
Je peux donc dire adieu au soleil si je ne veux pas avec l'air du canidé tacheté forever.
Je fais également une croix sur mes espoirs qu'un joli touriste ou serveur cubain trop mignon me chasse à son tour.
J'avais pourtant imaginé le scenar' idéal d'une comédie romantique hollywoodienne pour ma propre existence: soleil, touristes, vacances, petite française (un peu latino et un peu trop grosse), petit anglais (ou autre, ou n'importe quoi même, un joli garçon, n'importe lequel!!!!), coup de foudre, coucher de soleil (et non coup!), premier baiser sur la plage, nuit magique, retour en Europe main dans la main, bague au doigt, mariage, trois enfants et achat de lave-vaisselle Candy (j'adore cette marque).
Tous mes espoirs tombent à l'eau...

ENCULE!!!


samedi 26 janvier 2013

Cathy aéro-plane.

Fin de semaine, enfin! 
A peine sortie du stalag, j'ai sauté dans le RER direction Roissy-Charles de Gaulle car je pars une semaine en vacances au soleil. A Cuba. Avec deux copines.
J'ai pris soin de pousser un cri de joie en sortant de l'abominable tour grise où je suis esclave, en lui faisant des doigts d'honneur et en lui tirant la langue. 
C'est les vacances, je saute sur une patte de joie! 
Je danse!
Je suis tel le petit mammouth ailé qui saute de nuage en nuage en souriant...



Une semaine sans La Défense.
Une semaine sans Cruella.
Une semaine de bonheur.

Petit (gros) hic.
Pour me rendre à Cuba, il faut prendre l'avion (en bateau, c'est très long. J'ai checké).
Et j'ai peur de l'avion. Très peur. Très très peur.

Après l'euphorie des retrouvailles avec mes copines à l'aéroport, le checking en blablatant des maillots de bain, crèmes solaires et autres lunettes de soleil qu'on a emmenés, vint l'heure de l'embarquement.

Mon cerveau réalise enfin qu'il doit monter dans cet immense engin ailé pour m'emmener au bout du monde.
Mes jambes ont alors commencé à trembler, mes mains à suer, mon pouls à s'accélérer.
Me connaissant comme si elle m'avait faite, Mama m'a donné une boîte de Lexomil pour que je voyage plus sereinement.
"Comme tu n'as pas l'habitude d'en prendre, mi hija, un quart suffira largement à te faire dormir tout le voyage. N'en prends surtout pas plus! Caramba!"
Cédant à la panique de la montée dans l'avion (et oubliant le Caramba de Mama qui, d'ordinaire, me fait trembler), j'en ai évidemment pris un entier, espérant m'anesthésier jusqu'à l'atterrissage. 

Le temps que le médoc fasse effet, j'ai cependant eu le temps:
- de refuser de m'assoir à côté du hublot parce que je ne veux pas regarder dehors et réaliser que nous sommes dans les airs, obligeant mes deux copines à s'assoir avec moi sur une rangée centrale inconfortable. Et, le comble! Au lieu de se réjouir d'être solidaire avec moi, elles ont fait la gueule.
- de leur démontrer par A+B que ce n'est pas normal qu'un immense engin de fer puisse se hisser dans l'air et voler. Je veux dire: il vole! C'est pas normal. Pas normal de ne pas toucher terre pour se rendre d'un point à un autre. Pas normal de pouvoir braver une tempête, le vent, les nuages... Surtout quand on pèse des tonnes et des tonnes. La pesanteur, la pomme, Galilée... Bref, c'est PAS NORMAL.
- de gueuler sur un mioche qui ne trouve rien de mieux à faire que de courir dans les couloirs de l'avion, risquant ainsi à tout instant de le faire chavirer et de tomber, telle la feuille de l'arbre, pour ensuite disparaitre dans les fonds obscures de l'océan Atlantique  "Tu comprends pas petit???  Arrrêêêêête de courir!!! On va tous mourir et ce sera de ta faute!!!".
- de pleurer parce qu'on va tous mourir.



J'ai ensuite fait une fixette sur Twilight 3, que j'ai regardé en boucle en bavouillant. 
A c'qui parait. 
On m'a raconté. 
Je ne m'en souviens pas.

Je me suis réveillée quand l'avion s'est arrêté, après l'atterrissage.
L'une de mes copines a les yeux gonflés car elle a pleuré toute la route en répétant que c'est vrai que c'est bizarre qu'autant de métal puisse s'élever du sol et qu'elle ne voulait pas finir au fond de l'océan.
L'autre est très fâchée. Elle s'est disputée avec la mère de l'enfant qui courait car celle-ci voulait me dénoncer aux autorités cubaines pour consommation abusive de stupéfiants, s'attirant ainsi la non-sympathie de tous les passagers pendant que j'étais occupée à caresser mon accoudoir en répétant "gentil le loup garou, gentil" (m'en souviens pas non plus, elle l'a sûrement inventé...). 
Et elle est toujours furax à l'arrivée.
Franchement, faudrait qu'elle se calme, à ce rythme là, j'ai peur qu'elle nique l'ambiance des vacances.
Vais lui proposer un Lexomil...